Le vent a soufflé a en perdre ses poumons, durant plusieurs matins c'est une fragilité supplémentaire qui s'est installée, a croire que les peurs ne disparaissent pas en un clin d'oeil et que les traces du passé ne s'effacent pas juste en y passant une main.

éclats

Sentez-vous au bout des doigts parfois les rugosités des jours, les crevasses laissées sur la peau qui, même refermées, se jouent de la bonne humeur et des rêves à réaliser, des joies présentes et des promesses que l'on se fait d'aller vers un avenir joyeux ?

Pour ne pas se perdre dans les méandres de ces soupirs il est nécessaire de s'attacher fermement à ses envies et plaisirs, il est obligatoire de se désincarcérer des tôles froissées du passé et des « coups » laissés.

Pour avancer sereinement il est bon de ne pas se laisser emmener par les agressivités des fausses gens, par les superficielles petites pierres scintillantes, par la fausse impression que la solitude laisse libre.

Le froid s'est installé, l'hiver est à quelques jours de nous, les corps se sont emmitouflés dans de larges pulls et de douces écharpes.

Alors, comme pour redonner un peu de couleurs à mes joues, il y a eu ces heures douces, un autre week-end réconfort après une semaine de doutes et de nouvelles décisions à prendre, d'insécurités au bout des doigts, de remises en question à propos de moi, de mes capacités, de mes compétences.
Heureusement, durant ces deux jours, les températures ont été douces, merveilleuses, agréables, et les présences au delà de mes espérances.

Un an et quatre mois que je suis installée ici, peut-être pas définitivement, rien ne l'est, mais depuis peu, bien accrochée à certaines personnes et certains lieux, depuis peu attachée à une passion autour de la terre, depuis peu attirée par une présence étrange, énigmatique et bienfaitrice.

Pas simple de laisser entrer la lumière quand on a laissé la porte si longtemps fermée, à peine a t'elle eu le temps de s'entrouvrir il y a plusieurs mois, qu'elle s'est refermée avec violence sur mon corps tout entier, pour le laisser plus fragile encore qu'il ne l'était, plus cassé qu'il ne l'avait été, certaine « qu'on ne m'y reprendrait plus », persuadée de ne pas être à désirer … Sûre que la porte resterait fermée pour de bon, sur ma carcasse décomposée, je pensais même que le purin s'installerait sur mes pieds pour m'ensevelir bientôt..

Et timidement, en pleine dépossession de mes moyens, j'ai entrouvert, la méfiance sur le dos, les souvenirs de cet autre jour où je n'avais plus de belles couleurs ni la douceur d'aucun pétale d'aucune fleur, me voilà sur le point de pousser sur ce purin qui avait été déversé et dont je me sentais responsable, instigatrice, coupable de tout…

Il va bien falloir que je sois confiance, j'ai plus que l'âge pour ça.
La chute d'il y a quelques matins et qui a réveillé une douleur à la cheville a réveillée du coup le passé de mai, un mot m'a mise mal à l'aise, la chute a eu pour effet de me rendre ridicule, si un lapin avait pu me prêter son terrier je m'y serais enfouie pour trois mois, le temps à l'hiver de passer et à moi de renaitre, j'aurais inventé durant ce laps de temps une machine à remonter les minutes, justes quelques minutes, et j'aurais respiré un bon coup, j'aurais fait mine de ne pas entendre la phrase que j'ai prise pour des mots vexants, j'aurais sauté le fossé comme je le fais d'habitude , sans me prendre cette pierre, histoire de montrer que je ne suis pas une petite poupée de la ville …

Cette sensibilité pèse parfois bien lourd, alors qu'elle donne de la douceur là où les épines se sont plantées.

Il arrive que je n'y crois pas, que je me demande si c'est bien pour moi, si c'est vraiment pour moi.
Et pendant qu'à nouveau il me faut faire d'autres choix, que je suis une fois de plus sur le point de changer de voie, la mienne se casse, ma voix est éraillée, les migraines me laissent le son d'un tambour épuisant, le dos s'échine à se tenir le plus droit possible,  les larmes ont repris place dans tout mon corps, il me semble qu'il en est rempli, que le débordement qui se déroule sous ses yeux ne puisse s'arrêter qu'une fois le corps vidé.

  «  Ne prends pas cette sensibilité qui est ma peau pour une agression, je ne sais pas dire les mots quand je suis entre deux moments charnière, ou quand les phrases me font l'effet d'une épée qui me taillade, quand je me sens coupable de ne pas bien faire. Les miens de mots restent là au bord de mes lèvres et s'emmêlent tant qu'au bout du compte ce ne sont que les larmes qui sortent, je ne suis pas une fille facile, je ne suis pas une simulatrice, si je donne les choses, je le fais entièrement, j'ai perdu beaucoup de morceaux en agissant comme ça, mais je ne sais pas faire autrement, alors si je me recroqueville c'est pour éviter les coups, peut-être bien aussi pour que la chaleur de la lumière commence par réchauffer mon dos, alors les articulations verrouillées se dénoueront  »

 

entrée de lumière

" Nos moments de lumière sont des moments de bonheur ; quand il fait clair dans notre esprit, il y fait beau"

Joseph Joubert